Stéphane MAUNE « Les campagnes de la cité de Béziers dans l’Antiquité (partie nord-orientale) (IIe s. av. J.-C. – VIe s. ap. J.-C.) », éditions Monique Mergoil, Montagnac 1998
Sept Fonts
SPO 006-275
Structure cultuelle propitiatoire/limite de propriété
Début Ier s. ap. J.-C. + fréquentation


Découvert à l’occasion d’un charruage profond en 1989 par M. Blayac et Dessalles, le site, installé sur la pente sud d’un petit vallon, tout près d’une source, correspond à une structure très particulière dont l’implantation remonte à la période augustéenne. Deux opérations de fouille (M. Feugère en 1988 et nous-mêmes en 1992) suivies de plusieurs publications ont permis de bien documenter et de comprendre la mise en place de cette structure augustéenne qui succède à des fosses du IIe s. av. J.-C de nature vraisemblablement cultuelle (Sept-Fonts-2). Celles-ci se présentent sous la forme d’excavations plus ou moins circulaires dont les remplissages en grande partie perturbés au début du Ier s. ap. J.-C. ont livré un abondant mobilier protohistorique. Au tout début du Ier s. ap. J.-C., une grande fosse est aménagée à l’emplacement des structures négatives protohistoriques ; certaines fosses sont détruites, d’autres curées en partie ou complètement. La grande fosse est alors comblée par de la pierraille soigneusement tassée et mélangée à des fragments de céramique, éléments de construction et autres artefacts. Sur cet hérisson, deux rangées perpendiculaires de têtes d’amphores Pascual et Dr. 2-4 de Tarraconaise sont alors installées puis bloquées à l’aide d’une nouvelle couche de pierre et de céramique. Le tout semble alors être scellé et reste fréquenté jusque vers la période


flavienne. Près de deux mille ans plus tard, des travaux de remembrement arasent toutes les structures situées au-dessus des alignements de têtes d’amphores et permettent la découverte de cet ensemble clos. L’étude de l’ensemble du mobilier retrouvé en stratigraphie (Mauné 1997b) atteste que la mise en place de cette fosse et de son remplissage a été effectuée au tout début du Ier s. ap. J.-C. ; hormis l’apport de cet ensemble céramique qui pour le Biterrois, constitue d’ores et déjà la première référence d’époque augustéenne, l’intérêt premier de ce site est de pouvoir être rattaché de manière indubitable à un passage de SiculusFlaccus qui dans son De condicionibusagrorum (Th 105-106, trad. De M. Clavel-Lévêque et alii) décrit très précisément la mise en place d’une rangée de têtes d’amphores. Outre les détails très complets relatifs au comblement de la fosse, Siculus précise également le contexte cultuel et surtout juridique dans lequel s’effectuent ces travaux qui correspondant à l’établissement d’une limite commune de propriétés sur des terres arcifinales.
Premier site de ce type à avoir été observé et fouillé dans le monde romain, Sept-Fonts constitue, malgré son caractère peu spectaculaire un gisement tout à fait exceptionnel qui confirme la validité du texte de SiculusFlaccus et montre la complexité des données relatives à la structure des propriétés antiques et à leur marquage.

Bibliographie : M. Feugère, Rapport de sondage à la DRAC, février 1989, S. MaunéBilan scientique régional Lang.-Rouss. 1992, 87-88, Mauné1992c, 1992f, 1993a, 1994b, 1995a, 1996a et 1997b.