Stéphane MAUNE « Les campagnes de la cité de Béziers dans l’Antiquité (partie nord-orientale) (IIe s. av. J.-C. – VIe s. ap. J.-C.) », éditions Monique Mergoil, Montagnac 1998
St Julien I
SPO 005-274
Habitat, 3000m2
Milieu Ier s. ap. J.-C.-XIIIe s.
Le souvenir de l’existence d’une localité ancienne à St-Julien est encore très vivace à St-Pons-de-Mauchiens ; dès 1898, C.Blaquières dans son « Histoire de St-Pons » rapporte l’existence de ce village qui aurait précédé l’actuelle agglomération dont les premières mentions écrites remontant à 990. Paradoxalement, les plus anciennes mentions conservées de St-Julien son seulement de 1100 : ecclesia S. Juliani que vulgo dicitur de Bragalaimga ; villa de Bragalanca (C. de Gellone p.213) mais il est certain que le site a une origine beaucoup plus ancienne. En effet, les prospections de surface effectuées sur cet établissement ont montré qu’il était occupé dès la seconde moitié du Ier s. ap. J.C. A cette époque, l’habitat semble se regrouper sur les parcelles 84, 85 et 86. Ses débuts durent être modestes et il faut attendre le IVe s. pour voir le site prendre une certaine ampleur. Au cours du haut Moyen-Age, à une date difficile à fixer, l’habitat semble glisser vers les parcelles 349 et 350, peut-être à cause de la présence d’une première église (église St-Julien, parcelle 349 ?). Sur la parcelle 86 (St-Julien-2), une nécropole est installée sur l’emprise du site antique. Sa datation est difficile à établir. En surface, les restes osseux sont très abondants mais le matériel céramique est rare et couvre l’Antiquité et le Moyen-Age. A noter également la présence d’un très beau mur de terrasse (limite nord du tènement de St-Julien) et de plusieurs pierres de tailles (parc.85) sans doute antique. Le site est installé près d’un carrefour de deux chemins vicinaux, contre un ruisseau alimenté en eau par deux sources pérennes situées sur les reliefs calcaires qui se trouvent en amont.
Le mobilier recueilli en prospection de surface sur l’habitat est caractéristique de l’Antiquité et du Moyen-Age : peson de tisserand, fragments d’amphores de type Gauloise (dont 2 lèvres de Gauloise 4), africaines tardives (une lèvre de Keay XXV), amphores orientales (Palestine ?), sigillée sud-gauloise (une trentaine de fragments parmi lesquels Drag 37 et 27), un peu de BOB, de la sigillée claire B/Luisante et de la céramique calcaire engobée (IVe s.), de la DSP (une dizaine d’individus), de la sigillée claire D (Hayes 76, 91, 106, + indéterminée), de la céramique à pisolithes (environ 25 individus à très grande majorité à cuisson oxydante), de la céramique commune réductrice dont la chronologie s’étend des VIe-VIIe-VIIIe s. (céramique commune réductrice à pâte kaolinitique à lèvres à bandeau rectangulaire mouluré, céramique commune réductrice du groupe Pabiran dont pots A1 à lèvre triangulaire à face externe en poulie) aux IXe-Xe-XIe-XIIe et XIIIe s. (pegau, céramique grise médiévale, rare céramique à cuisson oxydante, une quarantaine d’individus). Enfin, il faut noter la présence de fragments de dolium et de tegula. Des ramassages effectués en octobre 94 sur la parcelle 84 ont fourni un abondant mobilier qui n’apporte rien de nouveau à la chronologie précédemment établie : rares fragments de dolium et tegula, amphore africaine, sigillée sud-gauloise, BOB, rare céramique à parois fines, claire A, B, D, Luisante, DSP, céramique à pisolithes, à pâte kaolinitique, céramique commune réductrice.
Dans l’état actuel des recherches, le site de St-Julien semble être occupé sans discontinuité notable, entre le milieu du Ier s. ap. J.-C et le XIIIe s. Le micro-déplacement constaté sur le site est assez courant mais reste, en l’absence de fouilles, très difficile à expliquer. A partir de la fin du Haut Moyen-Age, on note une rétraction de l’habitat ; cet abandon progressif pourrait résulter de la proximité du castrum de St-Pons, qui dès la fin du Xe s. regroupe sans doute une partie de la population des environs. L’étude du site de St-Julien permet ainsi de mieux comprendre les tenants et aboutissants de la genèse villageoise tout en confirmant pour le haut Moyen-Age l’importance du legs antique.
Bibliographie : Mauné 1992c, 1993e et 1996a.
